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Une aventure de La Goule :
la lettre à Denis (1995) Texte & mise en couleur : ARNAUD Dessin : Babylon M (1996)
Il fait beau, je monte les escaliers quatre à quatre, c’est au dernier étage il me semble, la porte est ouverte comme toujours. La cuisine, toujours aussi crade, toujours aussi glauque, ici rien ne bouge jamais, c’est seulement un drôle de trip interminable. Les nuages changent continuellement de couleur au dessus du fleuve, c’est beau mais chiant à mourir.
Je balance un coup de pied dans sa porte, ça ne fait pas trop de bruit, juste un léger craquement pas désagréable à l’oreille.
La piaule manifeste un semblant d’organisation, bien bordélique tout de même, j’ouvre la fenêtre pour laisser rentrer un peu d’air dans ce trou, des CD traînent ici et là, je les ramasse un à un et les plie en deux, rapide et efficace, d’un coup de marteau j’éclate un discman qui traînait par là tandis qu’un voisin se pointe, l’air passablement endormi.
- Tu cherches Denis, il est pas là...
- Merci mon bon ami, rendors-toi maintenant.
Il s’en va sans demander son reste, visionner un match de foot.
Je n’en n’ai plus pour très longtemps ce n’est pas que je m’ennuie mais j’ai d’autres chats à fouetter, j’attrape son poste et le balance par la fenêtre, il éclate en morceaux un peu plus bas. Bien, je ne touche plus à rien, je passe un coup de chiffon sur l’écran de son micro téléviseur, je lui laisse son ouverture sur le monde.
Avant de partir je balance tout de même un bon coup de marteau au milieu de son bureau, élégante signature de mon bref passage.
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Je descends l’escalier rêveur, dire que ce mec à bu mon whisky, qu’il a mangé ma nourriture, fumé mon herbe, qu’en retour alors qu’il effectuait son trajet habituel en voiture il m’a gentiment fait payé l’essence... et moi, je ne met même pas le feu à son appart, non, ce n’est pas que je vieillisse, simplement, la pire chose qui puisse lui arriver c’est de passer une année de plus dans cette ville, alors je lui en laisse les moyens.
La nuit tombe, je remonte les rues tranquillement, jette un regard sur le château illuminé, les gens sont toujours aussi tristes ici, je leur souri mais ils ne me voient pas.
L’air est frais mais je ne me presse pas car ma sacoche me pèse un peu sur l’épaule, c’est que ce foutu jerrican contient au moins vingt litres, j’aurai pu en prendre un moins gros, mais j’ai mes habitudes.
Putain de côte, tiens, je croise un agent des forces de l'ordre, j’effleure mon marteau du bout des doigts, ses douces vibrations commencent à monter en moi...
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Une aventure de La Goule suite
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